JUNG ET LE MANDALA par Liliana Pazienza

JUNG ET LE MANDALA

 

INTRODUCTION

La directrice du programme de MBA à l’Institut français de la mode (IFM) eu, au printemps 2018, l’idée de proposer aux étudiants de dernière année, dans le cadre de leur séminaire de fin d’études, une réflexion autour d’un grand couturier en utilisant le mandala comme source d’inspiration et comme support d’une pensée créative.

Ainsi, les étudiants furent invités à réfléchir « autour de », à tenir compte de nombreux aspects essentiels à leur thème central et à étaler ces aspects de manière circulaire et concentrique avec l’idée d’aboutir à une synthèse qui comprendrait tous les éléments, mêmes ceux qui pouvaient se contredire. Au lieu d’une pensée linéaire en termes de progression à travers différents stades, ou des priorités, ils devaient favoriser une approche plus complexe où les contraintes devenaient des opposés qu’il fallait tenir dans une réflexion finale complexe et inclusive.

Pour cela, fut organisée une conférence sur le thème « Jung et le Mandala », que voici :

MANDALAS

Un mandala est un diagramme symbolique utilisé dans certains rites sacrés comme instrument de méditation. Le mot mandala signifie « cercle » ou « objet discoïde » en sanskrit et désigne ces représentations complexes – connues principalement comme provenant d’Inde et l’Himalaya – de l’univers, d’un cosmos ou ordre métaphysique, ou d’un processus méditatif conduisant à un état d’éveil. Bouddhistes et hindouistes, entre autres, les utilisent en tant qu’aide à la focalisation, l’alignement, le centrage et la médiation.

Des formes vaguement circulaires aux géométries répétitives, les mandalas consistent d’une enveloppe ou enceinte circulaire autour d’un ou plus cercles concentriques et comprennent souvent un carré aux quatre « portails » à l’intérieur des encerclements externes.

Ces formes sont perçues par les sociétés qui ont davantage formalisé leur utilisation (Inde, Tibet, Chine et Japon) comme une représentation schématique d’une notion qui relie stabilité et mouvement; notamment, à un arrangement géométrique stable et symétrique est associé un processus dynamique de mouvement vers le centre.

Le mandala est également perçu comme analogue à diverses structures observées dans la nature, que ce soit à l’échelle macrocosmique ou microcosmique, et à nombreux processus naturels tels que la divergence et convergence, la désintégration et l’intégration, l’acheminement de l’obscurité vers la lumière, la dynamique masculin-féminin (Yang et Yin), le mouvement qui mène du grand-nombre vers le un et vice-versa, etc.

En réalité les mandalas sont universels et ce, depuis la nuit des temps. Des mandalas – en tant que représentation de principes cosmiques ou des pratiques ritualistes ou méditatives – ont surgit dans presque toutes les sociétés ou civilisations dans l’histoire de l’humanité. Ils présentent un style et une variété d’éléments spécifiques à la culture locale qui les produits mais les principes de base sont semblables.

En effet, on trouve des mandalas partout : des temples antiques aux cathédrales et églises modernes, des maisons structurées symétriquement aux villes et cités construites autour d’un centre, dans des motifs sculptés, dessinées, tissés, etc. Dans la nature, le motif du mandala est repérable dans les fleurs, les flocons de neige, dans l’astronomie à la biologie en passant par la physique et la chimie de l’infiniment petit, etc.

JUNG

Au début du 20ème siècle, le psyquiatre suisse Carl Gustav Jung – fondateur de la psychologie analytique et dont le travail clinique et la reflexion théorique lui valaient une notoriété importante dans des domaines tels que l’anthropologie, l’archéologie, la philosophie, les études études réligieuses –  reconnait le mandala comme une représentation universelle de la tendance de l’homme à emprunter, par le biais d’une introspection poussée, un cheminement de croissance intérieure. 

Jung remarqua que des structures mandaliques émergeaient spontanément dans les rêves et dessins – les siens et ceux de ses patients – ce qui lui permit de conclure qu’ils révélaient l’état intérieur de la personne qui les dessinait. Il les envisagea comme symboles d’un processus psychique perpétuel, la tendance naturelle qui vise à explorer et rendre conscients des éléments inconscients de la personnalité. 

Il rétorqua à ses critiques qu’il ne s’agissait pas de simplement inviter la philosophie hindou ou chinoise dans la psychologie occidentale. Pour lui, puisque les pratiques spirituelles orientales étaient de nature plus introspective, le motif universel de la psyché sous forme de mandala se manifestait plus explicitement chez eux. Un mandala est un « matériau que toutes les attitudes introspectives mettent en lumière partout et depuis toujours » (Jung, CW, Vol 8, paragraphe 436).

Une note biographique 

Dans « Ma Vie », Jung remémore la crise profonde dans laquelle il plongea à la suite de la rupture avec Freud en 1913 (Ma vie, p 313-316). Lors de cette traversée sombre dans laquelle il subit les assauts d’affects forts issus des couches profondes de son psychisme, il fut capable de rester partiellement observateur en notant et illustrant scrupuleusement ses rêves et fantasmes dans ses « cahiers noirs » (qui allaient servir de base pour son Liber Novus). Cette pratique, qu’il allait compléter par une participation active à l’intérieur des images qui se produisaient en lui et qu’il allait nommer « imagination active » , le préserva d’un effondrement psychique. Ainsi, cette expérience devint une confrontation avec l’inconscient qui servit de base et d’inspiration pour sa réflexion et théorisation sur la psyché.

Vers la fin de la seconde guerre mondiale en 1919, il commença à se sentir mieux, ce qu’il attribua en partie au fait d’être enfin en mesure de comprendre certains de ses dessins, des figures circulaires et symétriques, structurées par quatre pôles et convergeant vers un centre. Jung se rappelle avoir peint son premier mandala en 1916 juste après avoir terminé un de ses textes les plus mystiques (« Sept sermons aux morts »), et il ne tarda pas à réaliser que ses dessins évoluaient en fonction de son état interne :

Mes mandalas étaient des cryptogrammes sur l’état de mon Soi qui m’étaient livrés journellement. Je voyais comment mon Soi, c’est-à-dire, la totalité de moi-même, était à l’œuvre. Il est vrai qu’au début je ne pouvais comprendre cela qu’intuitivement […] J’avais le clair pressentiment de quelque chose de central et, avec le temps, j’acquérais une représentation vivante du Soi. Il m’apparaissait comme la monade que je suis et qui est mon monde. Le mandala représente cette monade et correspond à la nature microcosmique de l’âme. (Ma Vie, p 314)

Cette intuition à propos des mandalas en tant que symboles de la psyché dans sa totalité et de sa dynamique, se trouva confirmée quand plus tard, nous raconte-il, inspiré par un rêve, il dessina un mandala avec un château doré, dessin qu’il trouva « d’allure chinoise ». Peu de temps après, il fut contacté par Richard Wilhelm, sinologue de renommée, pour écrire le commentaire d’un texte classique du taoïsme chinois qui venait d’être traduit et qui traitait de la pratique de la méditation « neidan », ou alchimie intérieure taoïste. Très intéressé, Jung fut frappé par cette étrange coïncidence à laquelle s’ajoutait le fait que cela parlait d’un château jaune (qu’il avait dessiné !) sensé représenter le germe du corps immortel. Ce texte en effet reflétait ses idées sur le mandala et « la circumambulation atour du centre » (Ma Vie, p 316).

Émerge ainsi chez Jung la vision d’un centre en tant que finalité d’un cheminement intérieur réalisé grâce à une introspection poussée, notion qui allait devenir une des voutes du système qu’il allait développer.

« Ceci est le premier mandala que j’ai construit en 1916, complètement inconscient de sa signification” — C. G. Jung

“It portrays the antinomies of the microcosm within the macrocosmic world and its antinomies. At the very top, the gure of the young boy in the winged egg, […] a spiritual gure. His dark antithesis […] the lord of the physical world, and is a world-creator of an ambivalent nature. Sprouting from him we see the tree of life […]. A further division of the mandala is horizontal. To the left we see a circle indicating the body or the blood, and from it rears the serpent, which winds itself around the phallus, as the generative principle […]. The light realm of rich fullness lies to the right […] This feminine sphere is that of heaven.  The large sphere characterized by zigzag lines or rays represents an inner sun; within this sphere the macrocosm is repeated, but with the upper and lower regions reversed as in a mirror. These repetitions should be conceived of as endless in number, growing even smaller until the innermost core, the actual microcosm, is reached” Copyright © The Foundation of the works of C. G. Jung

Le mandala et le centre: Soi et individuation

Ce n’est que lorsque je commençais à peindre des mandalas que je vis que tous les chemins que j’avais empruntés, et chaque pas que j’avais accompli me convergeaient vers un point unique, celui du milieu. Je compris plus clairement que le mandala exprime le centre. Il représente tous les cheminements. Il est le chemin vers le centre, vers l’individuation. (Ma Vie, p 315)

Jung développa à partir de ce constat, l’idée d’un cheminement vers une totalité psychique centrale ; un processus intérieur d’intégration de morceaux psychiques décollés, fragmentés et/ou dissociés. Ce mouvement d’un état de discontinuité psychique vers un état d’unité, accompli grâce à la tâche ardue de rendre conscients des contenus inconscients, il le dénomma  individuation.

Et le centre de ce processus, le principe directeur et organisateur de l’individuation, à la fois point de départ et finalité et qu’il nomma le soi, devint le thème central de son œuvre. En 1957, il définissait en termes très simple ce Soi (entretien, https://www.youtube.com/watch?v=ocr2HIfX8mQ) :

Le Soi est plus complet que le Moi qui ne comprend que ce dont on est conscient. La personnalité toute entière de l’homme est indescriptible, sa conscience peut être décrite, son inconscient ne le peut pas… Nous ne connaissons pas notre personnalité inconsciente, nous en avons des indices, ou certaines idées mais nous ne la connaissons pas réellement ; personne ne peut savoir où l’homme fini véritablement. Et c’est là la beauté de la chose. 

Mandala et inconscient collectif

Alors que les mandalas rituels comportent un nombre limité des motifs et un style défini, Jung remarqua que les mandalas individuels étaient riches en formes exprimant une grande variété « d’allusions symboliques » (Jung, CW, Vol 9, tome 1, Symbolisme du mandala, 1950, paragraphe 711). Néanmoins, il s’agit inévitablement d’un mouvement circulaire autour d’un centre et les effets bénéfiques liés à un sentiment d’ordre ou d’alignement se vérifient dans tous les cas.  D’où sa conclusion d’une couche psychique universelle d’où proviendraient ces représentations archétypiques de la tendance naturelle commune à tous les hommes vers une totalité psychique. Ces  » tendances naturelles » (dont l’individuation), instinctives et innées il qualifia d’archétypes et l’espace psychique dont elles sont issues, d’inconscient collectif.

Étant donné que tous les mandalas montrés ici sont des produits nouveaux et non-influencés, nous sommes amenés à conclure qu’il doit exister une disposition transconsciente dans chaque individu qui est capable de produire les mêmes, ou très similaires, symboles depuis toujours et partout. Puisque cette disposition n’est pas habituellement une possession consciente de l’individu, je l’ai nommée l’inconscient collectif, et en tant que bases de ses productions symboliques, j’émets le postulat de l’existence d’images primordiales ou archétypes. (Jung, CW, Vol 9, tome 1, Symbolisme du mandala, 1950, paragraphe 711)

Ordre, remède contre le chaos

Plusieurs aspects furent remarqués à propos du mandala.

D’abord, il y a la notion d’ordre. Si les nombres étaient « l’instrument prédestiné pour la création d’un ordre, ou pour appréhender un arrangement régulier ou un ordre déjà existant mais encore inconnu », il n’était pas surprenant que les images de totalité psychique, les mandalas, évoquent un ordre ou un alignement autour d’un centre. Ces images, qui émergent spontanément, telles que le mandala, possèdent en effet une structure mathématique : « Fait remarquable, les images psychiques de la totalité que l’inconscient produit spontanément, en particulier les images du Soi en forme de mandala, possèdent aussi une structure mathématique. Ce sont en règle générale des quaternités ou des multiples de quaternité. »(Jung, CW, Vol 9, tome 1, Symbolisme du mandala, 1950, paragraphe 714)

En remarquant que les mandalas non seulement révélaient l’état intérieur de la personne mais généraient chez elle un apaisement, Jung approfondit sa vision du Soi comme dynamique organisatrice et guérisseuse : « Ces figures produites par l’inconscient n’expriment pas seulement un ordre, elles le créent aussi. C’est pourquoi elles apparaissent surtout dans les situations de désarroi psychique, comme compensation d’un état chaotique, ou bien elles formulent des expériences numineuses. » (Jung, CW, Vol 9, tome 1, paragraphe 714)

L’épreuve de sa propre confrontation à l’inconscient avec la souffrance, la désorientation, le chaos et le sentiment d’une « perte d’âme » (dans son « Livre rouge » Jung produit un récit illustré de son mythe personnel, celui d’un homme à la recherche de son âme perdue), crise pendant laquelle il s’était mis à peindre des mandalas, lui fait reconnaitre que de l’inconscient émane une dynamique réparatrice et structurante comme le révèle la production spontanée de ces formes :

Le motif rigoureux imposé par une image circulaire de ce type compense le désordre et confusion de l’état psychique – notamment à travers la construction d’un point central auquel tout est lié, ou par un arrangement concentrique de la multiplicité désordonnée d’éléments contradictoires et irréconciliables. Ceci est de toute évidence une tentative d’auto-guérison de la part de la Nature, qui ne provient pas d’une réflexion consciente mais d’une impulsion instinctive » (Jung, CW, Vol 9, tome 1, paragraphe 714)

Il concluait en reliant le mandala en tant que symbole du Soi à l’archétype de l’ordre représenté par les nombres :

Il faut à ce propos souligner que ces structures ne sont pas des inventions de la conscience mais des productions de l’inconscient, ainsi que l’expérience l’a suffisamment prouvé. Bien sûr la conscience peut imiter ces figurations de l’ordre, mais de telles imitations ne prouvent nullement que les originaux seraient aussi des inventions conscientes. De ces faits il ressort irréfutablement que l’inconscient utilise le nombre comme élément ordonnateur. » (Jung, Synchronicité et Paracelsica p. 58)

Quaternité

Dans les mandalas, Jung trouva également confirmation de la nature archétypique du nombre quatre. Des « arrangements de quatre » ont été remarqués dans la nature – et par conséquent dans la psyché humaine – depuis la nuit des temps par les anciens : « […] le nombre Quatre […] un symbole dont l’ancienneté se perd dans la nuit des temps, probablement préhistorique et toujours associé à l’idée d’une divinité créant le monde… » (Psychologie et Religion, p 111).

En effet, les mandalas tibétains présentent à l’intérieur du grand cercle un temple aux quatre portails, tandis que des mandalas chinois représentent souvent les quatre directions et les quatre vents, sans parler des nombreux quadruples dont font état la philosophie et les sciences depuis l’antiquité ainsi que les textes religieux et alchimiques. Pour Jung,

la quaternité est un archétype d’occurrence quasi universelle [. . .] Par exemple, si l’on souhaite décrire l’horizon dans sa totalité, l’on nomme les quatre cieux … Il existe quatre éléments, quatre qualités élémentaires, quatre couleurs, quatre castes, quatre chemins de développement personnel, etc. Il existe également quatre aspects d’ori

entation psychologique [. . .] L’idée d’une totalité est incarnée par la sphère ou cercle, mais son minima naturel est la quaternité ». (Psychology and Religion: West and East).

La division en quatre, la synthèse des quatre éléments, l’apparition miraculeuse de quatre couleurs et les quatre phases du grand œuvre – la nigredo, le dealbatio, le rubefactio et la citrinitas – sont des préoccupations constantes chez les anciens philosophes. Le Quatre symbolise les parties, les qualités et les aspects de l’Un. (Psychologie et Religion (VF), p 110)

Si régulièrement on constate que ce qui touche au psychique se présente en nombre de quatre (ou en deux pairs), le mandala avec sa structure quaternaire s’avère un schéma particulièrement adapté pour représenter les nombreux « arrangements de quatre » : quatre aspects, quatre tendances divergentes, quatre pôles, les quatre fonctions psychologiques, etc.

Conjonction des opposés

De plus, le mandala permet d’envisager ces « quatre » en termes de paires d’opposés. Ainsi, l’idée d’une circumambulation vers un centre autour duquel des forces ou aspects divergents ont tendance à converger coïncidait avec la notion métaphysique et philosophique d’une conjonction d’opposés, notion dont l’origine remonte à Héraclite, philosophe présocratique, circa 535–475 av JC.

Dit simplement, au milieu, existe une tension parfaite entre deux pôles qui s’opposent. Psychologiquement parlant, l’on pourrait dire que la sagesse, l’accroissement de la conscience ou l’état d’éveil spirituel ont à voir avec une attitude dans laquelle les oppositions peuvent être tolérées, tenues, voire surmontées. Si l’état initial est caractérisé par un conflit entre deux pôles contradictoires ou par une unilatéralité où l’un des pôles est occulté, le chemin vers la croissance intérieure suppose la mise en conscience de l’opposé manquant; l’apparition du conflit permettant alors d’aller vers un état de tension des deux bouts dans lequel les opposés sont unis sans être mélangés (conjonction et non pas fusion/confusion).

En rapport au mandala, Jung dit : Bien que le centre soit représenté par un point intérieur, il est entouré par une périphérie qui contient tout ce qu’appartient au soi – les pairs d’opposés qui constituent la personnalité dans son ensemble […] Le soi, bien que d’une part simple, est d’autre part une chose extrêmement composite. (Jung, CW Vol 9, Tome 1, paragraphe 634)

Quadrature du cercle

De plus, la structure de base du mandala, un carré à l’intérieur d’un cercle, ne manqua pas de rappeler Jung le problème des géomètres de l’antiquité, celui de la quadrature du cercle, devenu une métaphore de l’irrésolvable.

Dans Psychologie et religion, Jung fait allusion au mandala en tant que symbole de l’état de transcendance d’un conflit autrement irrésolvable. En occurrence, dans cet article sur la religion et sa fonction psychologique, il parle du « conflit dévastateur entre la matière et l’esprit, entre les désirs du monde et le pur amour de Dieu. » Dans le mandala, propose-t-il, sont « réconciliés tous les antagonismes principiels » (p 145-146)

Symbole de l’attitude religieuse

Habitués à ce qu’on pourrait qualifier d’affirmations parfois contradictoires chez Jung, nous lisons dans Psychologie et religion, que même si dans les mandalas traditionnels employés dans les rites sacrés, surtout en Orient, il s’agit d’une représentation de la divinité, il ne voit pas dans les mandalas des modernes un symbole de Dieu alors que par ailleurs, Jung interprète le cercle comme un symbole de la perfection divine, et le Soi – dont le mandala est la représentation – comme l’archétype de l’unité et donc d’une expression d’un dieu uniqueet unificateur (Jung, CW Vol 9 et P R ).

Le mandala en entier symbolise la totalité de l’homme tandis que son centre représenterait la force qui organise cette totalité; en effet, un centre psychique peut être perçu comme une force qui attire et génère l’attitude introspective nécessaire pour surmonter les conflits intérieurs et pour retrouver sa voie lors de périodes d »égarements dans le but ultime d’un accroissement de la conscience. Dans les mots de Jung :

Un mandala moderne est un aveu involontaire d’un état mental et spirituel particulier. Il n’y a pas de divinité dans le mandala, il n’y a pas non plus l’indication d’une soumission à la divinité ni d’une réconciliation avec elle. [Néanmoins], on pourrait dire que c’est l’homme même, ou son âme la plus intime, qui est le prisonnier ou l’occupant protégé du mandala. » (P et R p 159)

En effet, Jung remarqua qu’après avoir produit des mandalas, les témoignages révélaient un sentiment « de devenir conformes à eux-mêmes, […] s’accepter eux-mêmes, être en mesure de se réconcilier avec eux-mêmes et grâce à cela, réconciliés avec des circonstances cruelles et des événements marqués au cœur d’une adversité qui leur semblait inacceptable jusque-là. » (P et R p 162)

Conclusion

Cette vision quelque peu « laïque » du mandala nous rappelle que Jung n’encourageait pas une conversion des occidentaux ni à l’hindouisme, niau bouddhisme, ni à adopter des pratiques spirituelles orientalistes. La recherche d’un état de béatitude spirituelle avec le détachement de la vie quotidienne que cela comporte peut signifier que l’on fait l’impasse d’une compréhension lucide et d’intégration à la vie d’ici-bas de ce qui est entrevu ou acquis par l’introspection poussée dont il s’agit; et cela ne constitue pas nécessairement, d’après Jung, le chemin de l’homme occidental. Déjà dans son Commentaire sur le mystère de la fleur d’or (1929), Jung disait : « l’imitation occidentale est tragique » et ajoutait :

C’est pourquoi il ne s’agit pas d’imiter artificiellement des peuples lointains […] mais de bâtir sur place une civilisation européenne qui souffre de milles maux et de prendre pour cela l’Européen réel dans sa vie quotidienne d’Occidental, avec ses problèmes conjugaux, ses névroses, ses idées politiques absurdes et tout le désarroi de son univers » (Jung, Commentaire, p 23)

Son intérêt pour le mandala et sa symbolique peut se synthétiser par l’idée que en effet, certains thèmes et motifs universels sont des représentations des réalités intérieures de l’homme, de ses intuitions à propos de l’âme, le divin et le métaphysique. Et qu’à partir du moment où l’individu, occidental, oriental ou autre, se laisse guider par ce qui est véritablement intérieur et authentique en lui, il est probablement sur le bon chemin.

 

HINDU MANDALAS

 

In Hindu tradition (Yoga and Tantra), the mandala houses the deity and from the outer circles to the center, is depicted the process of divine creation. Through deep and thorough contemplation, the yogi « shall become inwardly aware of the deity […] , he recognizes himself as God again and returns from the previous illusion of individual existence into the universal totality of the divine state. » (CG Jung, CW Vol 9, p357) 

 

TIBETAN MANDALAS

« An instrument of contemplation. It is meant to aid concentration by narrowing down the psychic field of vision and restricting to the center » (CG Jung, CW Vol 9, p 356)

The outer rims tend to portray the difficult and dangerous conditions of living under the domination of our human/animal drives while the inner square depicts a four-gated temple inviting to seclusion and mediation that bring about detachement, wisdom to eventually achieve enlightenment at the center.  

 

The Borobudur Temple in Indonesia, a Three-Dimensional Mandala

 

THE SACRED PATH

« Buddhist stupas and mandalas are understood as “spiritual technologies” that harness spiritual “energies” in the creation of sacred space. The repetition of form and the circumambulatory progress of the pilgrim mimic, and thereby access, the cosmological as a microcosm. The clockwise movement around the cosmic center reproduces the macrocosmic path of the sun. Thus, when one emerges from the dark galleries representing the realms of desire and form into the light of the “formless” circular open air upper walkways, the material effect of light on one’s physical form merges concomitantly with the spiritual enlightenment generated by the metaphysical journey of the sacred path. »

Bibliographie

Jung, C. G. (1957, aout 5-7). Jung on Film. https://www.youtube.com/watch?v=ocr2HIfX8mQ. (D. R. Evans, Intervieweur)

Jung, C. G. (1960). Collected Works, the Structure and Dynamics of the Psyche (Vol. 8). London & New York: Routledge.

Jung, C. G. (1969). Collected Works, Psychology and Relilgion, East and West (Vol. 11). New Jersey, USA : Princeton University Press .

Jung, C. G. (1969). Collected Works, the Arcehtypes and the Collective Unconscious (Vol. 9, part 1). Princeton , New Jersey, USA: Princeton University Press.

Jung, C. G. (1978). Psychologie et religion . Buchet Chastel.

Jung, C. G. (1994). Commentaire sur le mystère de la fleur d’or. Paris: Albin Michel.

Jung, C. G., & Jaffé, A. (1991). Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées. Paris: Gallimard.

Synchronicité et paracelsica. (1988). Carl Gustav Jung, Paris: Albin Michel.